ces lignes me valurent un HS en français -_-
alinéaCette intrusion brise la minutie de ce cérémonial : il est encore trop tôt, l'homme n'est pas un habitué. Les trois coups de bâton ont retenti, signalant au spectateur que le temps s'est brusquement arrêté. La représentation à laquelle il va assister ne se mesure pas aux dérisoires unités que les hommes ont inventées pour mesurer le Temps.
alinéaCar ce matin-là, dans ce théâtre figé, le Temps échappe à n'importe quel esprit humain. Le Temps, cette fois-ci, c'est cet homme qui le détient. Il a su capturer le Temps, cet être vivant, le piéger dans ses paumes lisses comme l'acier, l'emprisonner dans ses poings fermés, le suspendre aux aiguilles de sa voix, stopper le ridicule mécanisme de l'horloge dont il était l'objet. Mais il l'a aussi apprivoisé. Il s'y amuse bien souvent, à le laisser glisser de sa main pour le rattraper de l'autre, l'accrocher à ses ongles d'ivoire, puis le laisser prendre son envol à nouveau, flottant au gré du vent d'hiver, tournoyant, virevoltant, chancelant, dansant, tournant encore et encore, pour finalement revenir se nicher dans la chaleur de son manteau. Le Temps ne continuera pas de faire son chemin loin de lui bien longtemps : zélé, il obéit toujours à son unique maître.
alinéaEt l'homme est maître de tout. Il sait imposer le silence à tout ce qui l'entoure, par le seul martèlement de ses semelles sur le sol immaculé. Tic, tac, le rythme infaillible de son pas s'accorde parfaitement au mouvement élancé de sa silhouette, haute, mince, féline. Ses longs doigts, gracieusement ouvragés comme le manche d'un poignard finement cisaillé, s'ouvrent et se referment, toujours en cadence, laissant fuir çà et là des bribes du Temps prisonnier de ses mains. Son teint est plus blanc que la neige, mais sa peau est jeune, autant que son allure décidée. Inscrutable, indéchiffrable, inqualifiable, impitoyable, il avance.